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Info pratique 11 juin 2026

LA HAGUE COMMÉMORE L’EXODE ENTRE VAUVILLE ET HERQUEVILLE

La commune organisera le dimanche 28 juin une cérémonie en mémoire de l’exode des habitants de Vauville vers Herqueville survenu en juin 1944, durant la bataille du Cotentin.
Organisée tous les dix ans depuis 1984, cette commémoration n’avait pas pu avoir lieu en 2024. À la demande des habitants de Vauville, la nouvelle municipalité a souhaité perpétuer ce devoir de mémoire en organisant cet hommage exceptionnel.

Programme de la journée

Juin 1944 : l’exode forcé des habitants de Vauville

À l’approche des troupes alliées chargées de libérer Cherbourg, plusieurs habitants de Vauville transmettent des renseignements aux forces américaines afin de faciliter leur progression. Les troupes allemandes découvrent ensuite que les Américains sont proches.

Dans la nuit du 24 au 25 juin 1944, près de 150 habitants des quartiers du Bas de Vauville sont contraints de quitter leur domicile. Réveillés en pleine nuit, ils prennent la route de l’exil vers Herqueville, emportant avec eux quelques effets personnels, transportant les plus fragiles dans des brouettes ou des charrettes.

Parmi eux se trouve Camille Trénel, récemment mariée, née Beuve, alors âgée de 20 ans. Dans son témoignage, elle raconte la peur, la précipitation du départ et l’incertitude qui accompagne cette marche nocturne :

« Vers minuit, tout le monde fut réveillé. Les Allemands tapaient à coups de crosse dans les portes des maisons. Tout le monde se retrouva ainsi dans la rue. Il y avait les malades, les personnes âgées, incapables de marcher. Il fallut trouver des brouettes pour les transporter. […] Une longue procession de 150 personnes environ s’est mise en marche, qui avec des brouettes, qui avec des paquets, qui avec des enfants. […] La mer était illuminée par les fusées et les tirs constants échangés entre les troupes américaines et allemandes. »

Arrivés à Herqueville au petit matin, les exilés sont accueillis par les habitants de la commune. Les maires de Vauville, Achille Agnès, et d’Herqueville, Louis Paris, organisent leur hébergement. Chaque famille herquevillaise ouvre alors ses portes pour accueillir plusieurs réfugiés.

Quelques jours plus tard, après la libération de Vauville, les habitants peuvent enfin reprendre le chemin du retour.

Témoignage complet de Camille Beuve

« Je m’étais mariée le 20 mai 1944 à Cherbourg, mais comme la situation n’y devenait pas brillante, nous sommes venus à pied à Vauville nous réfugier chez ma grand-mère, qui habitait avec ma mère dans son ancienne auberge en face de l’église. Comme ils hébergeaient déjà mon frère Louis Trénel et un de ses amis André Bailleul, nous nous sommes installés au village du Moitié chez Jules Paysant et Lisa. Depuis l’arrivée des troupes américaines, dans les « Hauts de Vauville », les jeunes gens de Vauville avaient pris l’habitude de monter du côté de l’Epinette, de La Vacquerie, ou du Fief Marais. Et ils revenaient au village avec des cigarettes, du chocolat … tout ceci au nez des Allemands qui devenaient de plus en plus hargneux. […] Malgré tout, le 22 juin, mon frère et plusieurs autres jeunes dont André Bailleul, montèrent à nouveau par la vallée de Biville et s’arrêtèrent non loin des Fontaines Bellay, près d’une voiture allemande abandonnée. Ils parurent suspects à des soldats américains qui passaient par là et c’est alors qu’ils furent arrêtés et conduits au Quartier Général qui était à Bricquebec. Après un long interrogatoire, des vérifications d’identité, ils donnèrent des renseignements sur les positions allemandes de notre région et ils furent relâchés très tard. Je me souviens de l’inquiétude de ma mère et de ma grand-mère en ne les voyant pas revenir. Ils rentrèrent dans la nuit du 22 au 23 juin. […] C’est à partir de ce moment où les Allemands (en fait il s’agissait de soldats géorgiens de la 243ème division d’infanterie commandée par le Général Marcks) comprirent que toutes ces allées et venues cachaient une aide efficace à « l’ennemi » qu’ils décidèrent d’exercer une répression sur tout l’ensemble des villageois. Ce fut l’ordre pour tous les habitants du Bas de Vauville (Le Moitié, L’Eglise, Le Carrefour, Le Petit Douet, La Crecque, La Rue) d’évacuer et de partir en exode vers Herqueville.
C’est dans la nuit du samedi 24 juin au dimanche 25 juin que vers minuit tout le monde fut réveillé. Les Allemands tapaient à coups de crosse dans les portes des maisons. Le Maire Achille Agnès et les membres de sa famille agissaient avec plus de douceur pour les quartiers dont ils avaient la charge.
Tout le monde se retrouva ainsi dans la rue. Pour les bien-portants, ce n’était pas très grave, mais il y avait les malades, les personnes âgées, incapables de marcher.
Vite, il fallut trouver des brouettes pour les transporter. C’était dur pour ces pauvres vieux. Plusieurs femmes attendaient des enfants. Mme Georges Sanson était à son terme de grossesse. Quelle inquiétude. D’autres avaient des enfants en bas âge. Dans cette précipitation, quelques malades et vieillards, intransportables sont restés seuls, mais l’inquiétude n’était pas trop grande car nous pensions revenir dès le lendemain … Nous ne savions pas que nous étions condamnés à un exil de longue durée. Seuls Louis Jean (Louisinet) et Octavie du petit Douet décidèrent d’atteler leur cheval et de partir en carriole, ce qui leur permit d’emporter plus de choses et en particulier une petite barrique d’eau de vie. […]Mis à part ces deux Vauvillais, une longue procession de 150 personnes environ s’est donc mise en marche, qui avec des brouettes, qui avec des paquets, qui avec des gosses … Des vieux qui marchaient difficilement … des jeunes tremblants de peur. Nous avons pris le chemin du Petit Beaumont. La mer était illuminée par les fusées et les tirs constants échangés entre les troupes américaines et allemandes […].

Au petit matin, vers 5 heures, nous avons repris notre route vers Herqueville. Les habitants ont été très surpris de voir arriver cette cohorte de gens fatigués, inquiets de leur sort, et avec des paquets très hétéroclites. Mais ils nous ont accueillis, les bras ouverts …
Le Maire de Vauville (Achille Agnès) et le maire d’Herqueville (Louis Paris) ont organisé l’hébergement. Chaque famille a accueilli entre 12 et 18 personnes. Les personnes les plus âgées ont eu droit à une chambre ainsi que les parents des jeunes enfants. Les personnes valides dormaient dans les étables ou les granges dans de la paille fraîche.
Pour les repas, on s’organisait dans les maisons qui nous hébergeaient. On avait tué un veau, ce qui a permis de nous nourrir pendant quelques temps. De plus nous avions du lait à volonté.

[…] Quelques jours plus tard on a appris que Vauville avait été libéré. Et le vendredi 30 juin, alors qu’on avait été bombardés le matin, après un frugal repas, nous avons pris le chemin du retour en début d’après-midi. Nous étions bien imprudents car les combats n’étaient pas finis et les balles nous sifflaient aux oreilles. […] C’est dans un calme plus relatif que nous avons atteints les premières maisons de Vauville. […] »

Vauville au cœur de la bataille du Cotentin

Après le Débarquement du 6 juin 1944, les Alliés ont pour objectif prioritaire la prise du port de Cherbourg, infrastructure stratégique en eaux profondes indispensable à l’approvisionnement des forces alliées.

Trois axes de progression américains remontent alors la péninsule du Cotentin. Sur la côte ouest, le 505e régiment de la 82e Airborne Division atteint Biville le 19 juin 1944 mais se heurte à une forte résistance allemande.

Crédit image : wikimanche.fr/Fichier:Chg-captur1944-carte2.jpg

Située sur la ligne de défense allemande protégeant l’accès à Cherbourg, Vauville constitue alors un point stratégique. Les combats qui se déroulent dans le secteur contribuent directement à l’exode forcé de la population.

Cherbourg est finalement encerclée puis conquise par les forces américaines à la fin du mois de juin 1944, marquant une étape décisive de la bataille de Normandie.

Transmettre la mémoire

Cette cérémonie rend hommage aux habitants qui ont vécu cet épisode douloureux de l’histoire locale et rappelle la solidarité dont ont fait preuve les habitants d’Herqueville en accueillant les familles exilées.

À travers l’inauguration de plaques commémoratives et la plantation prochaine d’un amélanchier du souvenir, les communes souhaitent transmettre cette mémoire aux générations futures.

Pour aller plus loin

La Bataille du Cotentin de Louis Garros

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