Reconnues comme l’une des cinq causes majeures d’érosion de la biodiversité, les espèces exotiques envahissantes font l’objet d’une réglementation européenne spécifique depuis 2014 et nationale depuis 2018.
En France métropolitaine, les espèces ci-dessous sont présentes sur l’annexe I-2 de Arrêté du 14 février 2018 relatif à la prévention de l’introduction et de la propagation des espèces végétales exotiques envahissantes sur le territoire métropolitain interdisant sur tout le territoire métropolitain et en tout temps l’introduction sur le territoire, y compris le transit sous surveillance douanière, l’introduction dans le milieu naturel, la détention, le transport, le colportage, l’utilisation, l’échange, la mise en vente, la vente ou l’achat de spécimens vivants.
Qu’est-ce qu’une espèce exotique envahissante ?
Les espèces exotiques envahissantes (EEE) désignent certains animaux ou végétaux dont leur introduction par l’Homme, volontaire ou fortuite, sur un territoire représente une menace pour les écosystèmes.
Ces espèces exotiques envahissantes constituent une menace pour environ un tiers des espèces terrestres et contribuent à 60 % des extinctions connues à l’échelle mondiale. Elles peuvent capter une part trop importante des ressources dont les espèces locales ont besoin pour survivre, modifier les milieux naturels voire être prédatrices des espèces indigènes. Par exemple, les frelons asiatiques attaquent et chassent les abeilles.
Elles menacent aussi notre santé et certaines activités économiques. Certaines sont par exemple porteuses de maladies comme le moustique tigre, vecteur des virus de la dengue et du chikungunya, ou allergisantes, comme l’ambroisie. L’agriculture peut également être affectée, à travers l’émergence de ravageurs, animaux ou insectes comme des coléoptères ou des pucerons, qui attaquent les plantes cultivées ou les récoltes stockées. En Europe continentale, les coûts générés par la gestion et la réparation des dommages causés par les invasions biologiques ont été estimés à plus de 12,5 milliards d’euros par an.
Tous les milieux (terrestres, aquatiques et marins) et tous les territoires sont impactés par ces espèces exotiques envahissantes.

Comment lutter contre les espèces exotiques envahissantes ?
Aujourd’hui, pour prévenir ces invasions, plusieurs points d’action sont mis en place :
- Prévenir, afin d’éviter l’introduction de graines d’EEE
- Intervenir le plus tôt possible (dès l’installation des premiers individus)
- Adapter les moyens de lutte à la biologie et à l’écologie de l’espèce
- Obtenir un couvert forestier le plus vite possible pour supplanter certaines espèces
- Empêcher la fructification (couper les semencier ou hampes florales après la floraison)
Quelles sont les espèces exotiques envahissantes dans la Hague ?
Un arbre à l’attrait trompeur
L’arbre à papillons reste une plante au pouvoir attractif pour certains papillons, en raison de la morphologie de ses fleurs au tube profond, de leur couleur et de l’émission de molécules facilement détectables à distance par les antennes de ces derniers. Sous ses apparences attrayantes, il est en réalité très sélectif et nutritivement peu intéressant. Ses fleurs sont relativement pauvres en nectar et en proline, un acide aminé caractéristique chez les insectes qui joue un rôle essentiel dans la fonction du vol. Son caractère invasif impacte la biodiversité en prenant à terme la place d’autres plantes mellifères indigènes, ou encore de plantes hôtes. Les réseaux entre plantes et insectes peuvent alors être impactés.
Un arbre toxique ?
Le buddleia de David contient des terpénoïdes toxiques comme l’aucuboside dans ses parties aériennes ce qui rend feuilles et rameaux impropres à la consommation humaine. Ce n’est pas ce qui rend l’arbuste problématique pour les chenilles car les plantes toxiques pour les humains ne le sont pas forcément pour les autres animaux. L’arbre à papillons en particulier n’est pas toxique pour certaines chenilles qui se nourrissent de ses feuilles ou de ses fleurs. Les chenilles sont en effet capables de s’approprier les toxines des plantes en les ingérant et devenant elles-mêmes toxiques pour leurs prédateurs.
La berce du Caucase est une vivace pluriannuelle de très grande taille, appartenant à la famille des Apiacées. Elle a été introduite en France en tant que plante ornementale. Elle se développe en bord de route, dans des terrains vagues, des friches… Elle affectionne également les milieux humides comme les prairies alluviales ou les berges. La berce du Caucase se reproduit essentiellement par voie sexuée. Elle est capable de produire plus de 20 000 graines par plant de fin août à octobre. La berce du Caucase est considérée comme une plante invasive, c’est-à-dire exotique et se propage très rapidement dans le milieu avec des conséquences importantes pour l’environnement comme pour la santé.
Une plante toxique
Les substances toxiques contenues dans sa sève (furanocoumarines) provoquent des dermatoses et des brûlures après exposition de la peau à la lumière du soleil.
Comment la reconnaitre ?
Heracleum mantegazzianum est une plante herbacée vivace parmi les plus grandes d’Europe (atteignant 2 à 3 m la plupart du temps, voire plus). Les fleurs sont disposées en ombelles avec pétales blancs. L’ombelle principale est de très grande taille (au moins 20 cm de diamètre). Une fois la plante en fleurs, la tige est robuste, cannelée et creuse, souvent tachetée de pourpre et couverte de poils. Les feuilles peuvent mesurer jusqu’à 1m.
Originaire d’Asie Centre et orientale, la Balsamine de l’Himalaya a été importée en France aux alentours des années 1800. Son introduction dans des jardins botaniques européens a précédé son implantation, au cours du XXe siècle, en bordure de cours d’eau, ainsi que le développement de son caractère invasif depuis une cinquantaine d’années.
Biologie
Impatiens glandulifera est une plante herbacée pouvant atteindre 2 mètres de hauteur. Elle se caractérise par des feuilles opposées ou verticillées par trois, glabres, lancéolées et à bords très dentés. Des glandes sont visibles à la base du pétiole. Sa tige, rougeâtre et creuse, présente des racines adventives. Ses fleurs, regroupées en grappes lâches et odorantes, sont roses à pourpres, voire blanches, jamais jaune et comportent cinq pétales inégaux et un éperon fortement courbé.
La dispersion autochore de ses graines, capables de germer en France, ainsi que la dissémination par multiplication végétative de tiges emportées par le courant, permettent à Impatiens glandulifera de se propager efficacement dans l’environnement. Un plant peut produire environ 800 graines, qui se dispersent jusqu’à 6 mètres grâce à l’explosion des capsules à maturité. Ces graines présentent une dormance estimée entre 2 et 3 ans, nécessitant une période de refroidissement d’environ 4 °C pendant au moins 45 jours pour lever leur dormance.
Impacts
la Balsamine de l’Himalaya peut accentuer l’érosion des berges en hiver, lorsque la plante disparaît et laisse le sol à nu. En crue, sa forte biomasse en bordure de cours d’eau gêne l’écoulement. Ses peuplements denses réduisent la diversité floristique, notamment chez les espèces de petite taille sensibles à l’ombrage. Très nectarifère, elle attire les pollinisateurs au détriment des plantes indigènes, affectant leur reproduction (Fried, 2012 ; Muller, 2004).

Originaires d’Afrique du Sud, différentes espèces ont été introduites sur les côtes françaises pour leur qualité à la fois ornementale et fixatrice du sable. Cependant, dans certains cas, elles se sont révélées une menace pour la biodiversité des écosystèmes locaux en devenant des espèces invasives.
Les griffes de sorcières sont des plantes grasses à port rampant ou pendant, pouvant former des tapis étendus. Leurs tiges, plus ou moins ligneuses à la base, peuvent atteindre plusieurs mètres de long. Les feuilles, longues de 8 à 100 cm, sont charnues et à trois angles, plus ou moins recourbées pour former une « griffe ». Le système racinaire est superficiel, les plantes s’arrachent facilement. En Bretagne, la floraison s’étend d’avril à août-septembre. Elle varie en fonction des espèces et des localités. Les fleurs sont roses ou jaune, de 5 à 15 cm de diamètre. Elles se développent à l’aisselle des feuilles. La floraison laisse place à un fruit charnu appelé « Figue des Hottentots ». A maturité, le fruit devient jaune orange et dégage une légère odeur sucrée.
Mode de reproduction
Les Griffes de sorcière se reproduisent par graines ou à par la formation de stolons. Ces stolons ont une croissance rapide (1 m/an) et permettent à la plante de former rapidement des tapis étendus. La capacité germinative des graines est renforcée par l’ingestion par des animaux, le sel ainsi que par des pics de chaleur (incendies < 105°C)
La dispersion des graines se fait majoritairement par des animaux. Les fruits, riches en eau, sucre et protéines, sont principalement consommés par les rongeurs qui peuvent en disperser les graines jusqu’à 150 m. Un transport secondaire par des fourmis moissonneuses (Messor barbarus) a également été mis en évidence. Des boutures de tiges transportées par l’eau de mer ou par les oiseaux (pour la confection de nids) assurent plus rarement de nouvelles colonisations.
Impact sur l’environnement
La décomposition des feuilles des Griffes de sorcière libère des substances chimiques qui modifient les propriétés du sol. Le taux de carbone organique est augmenté et le pH abaissé. Cette acidification affecte la fertilité des sols : elle inhibe la nitrification, diminue la disponibilité en calcium et magnésium et augmente leur lessivage. De plus, pour se développer, les Griffes de sorcière absorbent l’eau présent dans les couches superficielles du sol, déjà rare dans les milieux colonisés et assèche encore davantage le sol.
L’herbe de la pampa provient du Chili, du Brésil et d’Argentine. Son nom commun est issu de l’appellation des prairies argentines (pampas). Cultivée et vendue comme plante ornementale, sa taille et son exubérance en ont fait une plante d’ornement fort appréciée ; elle est plantée seule ou en groupes, en massifs ou en haies. Elle a ainsi été introduite en France et en Irlande, mais aussi en Australie et Nouvelle-Zélande où elle a été recommandée comme fourrage, protection contre le vent et stabilisateur de sol.
Milieux naturels colonisés
Sa large amplitude écologique lui permet de pousser dans une très large gamme de conditions de sols, d’humidité et de luminosité. Elle se développe notamment le long de milieux remaniés ou perturbés (digues, talus, chemins, friches, remblais, bords de routes et de chemins) et se propage ensuite dans de nombreux types d’habitats : zones humides (bords de rivières, berges de marais), milieux sableux (dunes, arrière plage, îlots), pelouses, falaises, formations forestières ou arbustives.
Modes de colonisation
Le caractère envahissant de l’herbe de la pampa se manifeste depuis plusieurs années en liaison avec une importante production de graines ; chaque plante est capable de produire des millions de graines fertiles (jusque 10 millions par pied) pouvant être éparpillées par le vent dans un rayon de 25 km. Dans des conditions favorables, les graines germent en 3 semaines à 22-25°C. Dès sa seconde année (une plante vit 10 à 15 ans en moyenne), une plante peut atteindre 1 m et produire des graines (d’une capacité de vie de 25 ans).
Origine
Venue de loin, on la trouvait au moyen-âge en Corée, en Chine, et au Japon. Elle y pousse dans des sols volcaniques, très acides. Elle a été ramenée en Europe et aux États-Unis comme plante décorative, et pour stabiliser les accotements. Ses feuilles en forme de cœur et ses petites fleurs blanches lui donnent un certain charme. On lui prête quelques vertus.
Elle fait aussi partie de la pharmacopée chinoise pour de nombreux usages. Malaxée sur des blessures, elle calme la douleur et stoppe les saignements. Récemment, des extraits de ses racines sont utilisés dans la fabrication de compléments alimentaires. Plusieurs milliers de tonnes de racine sont ainsi traités en Chine pour cette industrie.
Les abeilles en tirent aussi un « miel de bambou » en fin de saison, apprécié des apiculteurs.
Mode de colonisation
Une plante qui n’aime pas partager
C’est que la plante est championne en termes de densité : son système racinaire particulièrement efficace peut s’enfoncer à 3 mètres en profondeur et s’étendre horizontalement sans laisser d’espace pour d’autres plantes. Elle pousse en massif très dense laissant très peu de lumière filtrer, et ses feuilles se décomposent lentement une fois tombées au sol.
Tout cela ne laisse que très peu de place aux autres espèces végétales, qui disparaissent complètement des massifs qu’elle forme. Si quelques insectes profitent de son nectar, sa présence est globalement désastreuse pour la biodiversité. Les massifs de renouée peuvent être jusqu’à 10 fois moins riches en espèces que les terrains voisins.
Une propagation fulgurante : elle pousse vite et haut, jusqu’à 50cm par semaine
Depuis le milieu du XXe siècle, elle s’est propagée à une vitesse fulgurante le long des routes, des rails, des rivières et des fleuves, dans les zones humides et les terrains remaniés. Partout où l’urbanisation a laissé des sols abîmés, la Renouée du Japon s’est installée. Les engins mécaniques œuvrant dans ces lieux contribuent grandement à sa dispersion.
Elle a aussi envahi de nombreuses îles, causant la disparition de moult espèces endémiques.
Une hôte de choix pour d’autres espèces envahissantes
Et comme si cela ne suffisait pas, voilà qu’une fourmi, Lasius neglectus, envahissante et parfois invasive, utilise la Renouée pour se nourrir et se propager. Là où elle se trouve, elle élimine les fourmis locales et autres arthropodes… mais pas les pucerons !
Une résistance aux conditions extrèmes
Et ce n’est pas fini. Rappelez-vous, on parle d’une plante habituée à pousser dans des milieux extrêmes. Elle résiste aux grands froids (-30° et moins), et au sel du bord de mer. Si vous attendiez un bon gros hiver pour la voir mourir, c’est râpé. De plus elle repousse très facilement si on l’arrache. Pour en rajouter, elle se bouture extrêmement bien, beaucoup trop, même. Que ce soit la tige mais plus encore les fragments de racine, quelques centimètre-cube suffisent à la faire redémarrer… Dire de cette plante qu’elle est « vivace » est un faible mot. Au grand dam de tous les amoureux des cours d’eau, elle est quasiment indestructible. Elle est même capable de pousser à travers le bitume.
Et pourtant, l’hiver venu, la partie aérienne de la plante se dessèche complètement et meure sur pied. Elle laisse alors le sol vulnérable à l’érosion et aux inondations, pouvant provoquer des dommages aux constructions proches. L’eau disperse alors des fragments de racine, et vous imaginez bien le résultat.
Origine
Originaire du continent sud américain (Argentine, Chili, Brésil), le Myriophylle du Brésil fut introduit pour la première fois en France au cours du 19ème siècle dans la région bordelaise. Initialement utilisé en aquariophilie et pour l’aménagement des bassins d’agrément, il fut introduit accidentellement ou volontairement dans les milieux naturels.
Biologie
e Myriophylle du Brésil est une espèce amphibie ou aquatique vivace pouvant fleurir mais incapable de se reproduire de façon sexuée en France. Il peut coloniser des fonds jusqu’à trois mètres et ses racines peuvent s’enfoncer jusqu’à 50 cm dans le substrat (notamment quand il s’agit de vase). Ses capacités de propagation, additionnées à une production de biomasse importante, conduisent rapidement à la formation d’herbiers monospécifiques pouvant, à terme, occuper l’ensemble de la surface d’une pièce d’eau. Sa croissance est favorisée par des eaux riches en nutriments. Ses besoins importants de lumière l’empêchent de s’établir dans les zones ombragées. Le Myriophylle du Brésil peut coloniser une large gamme de biotopes tels que les dépressions, les fossés, les rives temporairement inondées et plus généralement les milieux aquatiques stagnants ou à faible courant, de préférence peu profonds
Modes de propagation
Le Myriophylle du Brésil est capable de se reproduire uniquement de façon végétative par allongement et fragmentation des tiges. Les fragments (boutures) peuvent survivre plusieurs jours dans les eaux avant de se fixer et redonner un individu.
Le myriophille et ses impacts
Sur l’environnement
Les herbiers de Myriophylle du Brésil, en monopolisant l’espace et les ressources en lumière en surface, vont entrer en compétition avec la flore indigène (notamment avec les espèces amphibies et aquatiques strictes) et ainsi diminuer la diversité locale. Lorsque la surface est entièrement colonisée par ce tapis végétal, il limite la diffusion de l’oxygène de l’air causant une asphyxie du milieu aquatique, menaçant ainsi la faune aquatique.
Sur la vie de tous les jours
La prolifération de cette espèce occasionne une gêne pour la pratique des activités de pêche et de navigation. Lorsque les foyers sont importants, ils peuvent occasionner ou amplifier des phénomènes de crue en amont. Enfin, la gestion de l’espèce engendre des coûts d’entretien non négligeables pour les collectivités, notamment lorsque les fossés et les plans d’eau sont envahis.






