Habitée depuis la Préhistoire, la péninsule de la Hague a été façonnée par les femmes et les hommes qui s’y sont succédés. Ses nombreux villages et hameaux dispersés conservent encore des constructions anciennes témoignant de l’origine sociale des habitants, de savoir-faire traditionnels ainsi que des modes de vie et des activités économiques passées. Son patrimoine architectural reflète également la richesse de son sous-sol géologique. Les grès, les arkoses, les schistes, les granites ou les gneiss employés permettent ainsi de distinguer tel hameau de tel autre.

Les premières utilisations du sous-sol connues remontent au temps des chasseurs-cueilleurs collecteurs (200 000 ans à 5 000 ans avant notre ère)
Des silex taillés et des galets de granite notamment recueillis à Jardeheu et à Gélétan sont ainsi datés de l’avant-dernier cycle glaciaire/interglaciaire, autour de 200 000 ans (au Paléolithique).
Outre la présence de nombreux abris naturels pour se protéger des vents dominants, la côte permettait la collecte de matières premières dans les cordons littoraux et à l’homme de chasser et pêcher.
Au Mésolithique, entre 9 500 et 5 000 ans, un brusque réchauffement du climat (qui permet de rentrer dans l’interglaciaire que nous connaissons aujourd’hui), se traduit par une évolution radicale des biotopes.
La steppe disparaît au profit de prairies grasses ou de forêts, dominées par le chêne et le noisetier. Les grands mammifères forestiers vont alors dominer, sinon le paysage, au moins les habitudes alimentaires humaines.
Les premières architectures remontent au Néolithique (5000 à 2500 avant notre ère) avec le passage à l’agriculture et à l’élevage.
Les occupations du territoire semblent liées avec des zones de couverture limoneuse, terres fertiles, propices à l’agriculture. Le site le mieux caractérisé est celui de Digulleville « Jardeheu » qui a livré plusieurs foyers datés de 4300-4000 ans. Les nombreuses vallées ont aussi été fréquentées par les néolithiques. Elles ont pu constituer des axes de circulation privilégiés et représenter une niche écologique bien particulière, avec des boisements abrités, réserves de ressources diverses (faune, flore et eau douce). L’abri sous roche de « la Jupinerie » a ainsi été fréquenté à plusieurs reprises.


L’âge du Bronze
Marqueur identitaire important du territoire de la Hague, le Hague Dike est une fortification de terre datée de l’Age du Bronze final I (vers -1206 / -925). La fortification se dresse entre les communes de Digulleville et de Beaumont-Hague, sur près de 2,7 kilomètres, en suivant un axe est-ouest. Elle est prolongée à son extrémité ouest par la vallée d’Herquemoulin et à l’extrémité est par la vallée de la Sabine.
Cette levée de terre combinée à la morphologie naturelle du territoire dont les hommes de l’époque ont su tirer parti permettait d’isoler totalement la pointe de la Hague du reste du Cotentin et de défendre ainsi les 3 500 hectares qui se trouvent en arrière. Le Hague Dike revêtait alors plusieurs fonctions : l’édifice a servi de frontière et donc de marqueur géographique du pouvoir, pour assoir l’autorité de la chefferie qui se trouvait à l’arrière. Mais il a aussi et surtout été un système défensif.
La Hague, à l’époque moderne
Pendant le Moyen Âge, les surfaces boisées étaient plus étendues qu’aujourd’hui sur le territoire, ce qui pourrait expliquer que l’habitat était implanté de façon dispersée en village et en hameaux et, surtout, organisé le long des côtes et dans les creux abrités des vents. L’occupation humaine et l’habitat du haut Moyen Âge (IVe – XIe) ont laissé peu de traces dans le paysage de la Hague en raison des matériaux organiques utilisés dans les constructions. A partir du XIIe siècle, les paysages de prairies pâturées ou fauchées et les parcelles cultivées se sont développés dans des espaces où la gestion de l’eau était de plus en plus maîtrisée.
Entre le XIe et le XIIIe siècles, la population augmente et l’habitat dispersé s’est structuré en villages-rues. Les conflits de la guerre de Cent Ans ont interrompu le dynamisme démographique et constructif amorcé au XIIIe siècle. La Hague a alors connu de nouveau, deux grandes phases constructives à l’issu de la guerre de Cents Ans : une première phase entre le XVe et le XVIe siècle, période de paix entre cette guerre et les guerres de Religion, et une seconde phase, plus tardive, entre le XVIIIe et la première moitié du XIXe siècle.


Une richesse de matériaux de construction qui s’exprime dans Le Bâti de la Hague aujourd’hui
En termes de construction, dans La Hague, aujourd’hui, chaque village ou presque a sa spécificité en termes de matériaux ce qui témoigne de l’incroyable diversité géologique de la péninsule. Dans un passé relativement proche, beaucoup de formations géologiques étaient exploitées à des fins de construction : les grès ordoviciens de Vauville, les conglomérats et arkose Cambrien utilisés par exemple dans la construction du port du Hâble à Omonville-la-Rogue ou les granites cadomiens et gneiss icartiens de La Hague, largement utilisé dans le bâti local (habitations, bâtiments administratifs, églises…).
De manière anecdotique, d’autres roches, comme le microgranite du Faudais ou le grès rouge d’Herqueville ont été exploités localement. Les toitures étaient traditionnellement faites de chaume et de schistes. Ces schistes ont une provenance légèrement plus lointaine, puisqu’ils viennent de La Glacerie, de Cherbourg ou de l’ardoisière de Mont Saint-Pierre.
Les sables des dunes de Biville ont également été exploités jusqu’à la fin des années 1990 afin de fournir en quartz l’industrie verrière
Aujourd’hui, les ressources naturelles exploitées sont produites dans des carrières exploitant uniquement les conglomérats et arkoses du cambrien et essentiellement pour la production de granulats. Seule la Pierre d’Omonville est toujours exploitée à des fins de construction pour du bâti.